Les « Mithras » : Mitra indo-iranien, Mithra romain… et le “Mithra en Perse” de Zeitgeist
Lorsque Peter Joseph dresse des parallèles avec la naissance de Jésus, il précise “Mythra en Perse” comme s’il s’agissait d’un récit clair et stable, comparable aux Évangiles. Or cette précision embrouille le sujet, parce qu’il existe plusieurs niveaux à distinguer : (1) le Mitra indo-iranien très ancien, (2) le Mithra romain (mithraïsme), culte à mystères développé dans l’Empire, et (3) une réalité méthodologique : pour la Perse/Iran, une large part de la tradition est d’abord orale, puis fixée tardivement à l’écrit, avec des débats sur les étapes.
1) Mitra/Mithra indo-iranien
Divinité apparentée attestée chez les Indo-Aryens (Mitra védique) et chez les Iraniens (Mithra zoroastrien).
2) Mithra romain (mithraïsme)
Culte à mystères de l’Empire romain (iconographie, grades initiatiques, mithréums), différent du monde iranien.
3) Glissement “Mithra en Perse”
Présenté comme un “contre-modèle” préchrétien alors que les sources, la chronologie et la nature du culte rendent ce parallèle fragile.
1) Petit cours d’histoire : un nom, deux mondes (et des sources différentes)
Mithra est généralement qualifié de dieu indo-iranien, car on retrouve une divinité apparentée dans deux branches cousines du monde indo-européen : côté indo-aryen, le Mitra védique (Rig-Véda, etc.) ; côté iranien, le Mithra de la tradition zoroastrienne (Avesta, etc.). Mais le “Mithra” qui devient l’objet de comparaisons polémiques avec Jésus est surtout le mithraïsme romain, un culte à mystères implanté dans l’Empire avec ses rites et son iconographie propres.
2) Point capital : en Perse, l’oralité précède l’écrit… et l’écrit est tardif
L’existence ancienne de Mithra ne signifie pas que nous possédons un récit écrit antique complet décrivant une “naissance virginale”. Le corpus avestique a une histoire complexe : composition, remaniements, puis fixation écrite — et ces étapes font l’objet de débats.
Conséquence logique : utiliser “Mithra en Perse” comme une preuve simple et directe d’un récit stable (et comparable aux Évangiles)
est méthodologiquement risqué, puisque nous sommes face à une tradition longtemps orale, puis
fixée tardivement (IIIe et IVe siècles après Jésus-Christ), avec débats sur les remaniements.
3) Et surtout : la source perse citée ne décrit pas une “naissance virginale”
Même quand on cite le corpus iranien, l’extrait suivant n’énonce pas “Mithra né d’une vierge”. Il parle d’un être créé par Ahura Mazda — langage théologique qui n’a rien à voir avec une conception “dans le sein d’une femme vierge”.
4) Le “Mithra” réellement visé par la polémique : le Mithra romain (et il est tardif)
Le culte surtout comparé à Jésus dans les listes de “parallèles” est le mithraïsme romain. Or les traces et la diffusion du culte dans l’Empire apparaissent surtout à partir du dernier tiers du Ier siècle.
Premiers Mythistes
Les allégations de « copies chrétiennes », lancées par les initiateurs de la thèse mythiste au 18e siècle (le franc-maçon Constantin-François Volney 1757-1820 et Charles-François Dupuis 1742-1809, concernait le "Mithra romain.", dont l'empire instaura un nouveau culte.
Un culte romain qui se diffuse surtout après le Ier siècle ne peut pas être invoqué comme le modèle antérieur dont le christianisme aurait copié ses éléments essentiels. Chronologiquement, le “modèle” arrive trop tard pour servir de source aux Évangiles.
5) Le deuxième verrou : un culte à mystères, transmis oralement, sans “évangile mithriaque”
Enfin, le mithraïsme romain est un culte à mystères : initiation, grades, transmission orale. Faute de documentation écrite doctrinale, les chercheurs doivent reconstruire à partir des images (tauroctonie, scènes rituelles), des inscriptions et des objets — autrement dit, à partir d’interprétations, pas d’un récit comparable aux Évangiles.
Tableau récapitulatif : Perse vs Rome vs “parallèle Zeitgeist”
| Mithra “perse” (iranien) | Mithra romain (mithraïsme) | Pourquoi le “Mithra en Perse” de Zeitgeist est fragile |
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Conclusion
L’expression “Mithra en Perse” utilisée par Zeitgeist donne l’illusion d’un récit antique clair, homogène et comparable aux Évangiles. Or : (1) le corpus iranien est lié à une tradition longtemps orale puis fixée tardivement, (2) l’extrait cité présente Mithra comme créé par Ahura Mazda, pas “né d’une vierge”, (3) le culte souvent visé par la polémique est le mithraïsme romain, qui se diffuse surtout à partir de la fin du Ier siècle, et (4) ce culte est un culte à mystères, sans “évangile mithriaque”, où l’on reconstruit surtout par interprétation de l’iconographie. Résultat : présenter “Mithra en Perse” comme une naissance virginale antérieure copiée par les chrétiens n’est pas une démonstration, mais un raccourci qui mélange périodes, traditions et types de sources.