L’arbre interdit est-il une femme ?


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Branham avance ici une idée centrale de sa doctrine : la femme serait “l’arbre fruitier”, et “prendre/manger du fruit” désignerait un acte sexuel. Autrement dit, il ne lit plus Genèse comme un récit décrivant une transgression alimentaire, mais comme un langage codé où l’arbre devient une femme, et le fruit un rapport charnel.

Soulignons deux éléments importants dans sa manière de procéder :

Il redéfinit l’arbre : ce n’est plus l’“arbre de la connaissance” planté dans un jardin, mais une femme.

Il déplace l’accent du texte : dans son discours, le verbe prendre devient la clef, tandis que la Bible met l’accent sur manger.

Or, dans le récit biblique, la faute est décrite de façon explicite :

« La femme vit que l'arbre était bon à manger et agréable à la vue, et qu'il était précieux pour ouvrir l'intelligence; elle prit de son fruit, et en mangea; elle en donna aussi à son mari, qui était auprès d'elle, et il en mangea. »

Genèse 3:6

L'ordre donné par Dieu, c'est de ne pas « »manger » de l'arbre de la connaissance du bien et du mal (Genèse 2:17).

« L'Éternel Dieu donna cet ordre à l'homme: Tu pourras manger de tous les arbres du jardin; mais tu ne mangeras pas de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras. »

Genèse 2:16-17

Dans cet ordre, le verbe prendre n’apparaît pas. En revanche, le verbe manger y revient trois fois. C’est précisément ce verbe qui gêne la lecture branhamiste, car il ancre la scène dans une action de nourriture, et non dans un acte sexuel.

Et la Bible montre elle-même que prendre et manger ne sont pas synonymes. Elle les distingue clairement :

« L'Éternel Dieu dit: Voici, l'homme est devenu comme l'un de nous, pour la connaissance du bien et du mal. Empêchons-le maintenant d'avancer sa main (1), de prendre de l'arbre de vie (2), d'en manger (3), et de vivre éternellement. (4) »

Genèse 3:22

Le texte enchaîne : prendre (saisir) puis manger (consommer). Les deux verbes ont un sens distinct, et l’Écriture les emploie volontairement.

La Bible réfute l’hypothèse “femme = arbre interdit”

Voici plusieurs raisons, simples et décisives, qui rendent impossible l’idée que la femme serait l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

1) L’arbre existait avant la création d’Ève

La chronologie de Genèse 2 est limpide : Dieu plante le jardin, fait pousser des arbres, donne l’interdiction, puis crée la femme.

« Puis l'Éternel Dieu planta un jardin en Éden, du côté de l'orient, et il y mit l'homme qu'il avait formé. 9 L'Éternel Dieu fit pousser du sol des arbres de toute espèce, agréables à voir et bons à manger, et l'arbre de la vie au milieu du jardin, et l'arbre de la connaissance du bien et du mal. 10 Un fleuve sortait d'Éden pour arroser le jardin, et de là il se divisait en quatre bras. 11 Le nom du premier est Pischon; c'est celui qui entoure tout le pays de Havila, où se trouve l'or. 12 L'or de ce pays est pur; on y trouve aussi le bdellium et la pierre d'onyx. 13 Le nom du second fleuve est Guihon; c'est celui qui entoure tout le pays de Cusch. 14 Le nom du troisième est Hiddékel; c'est celui qui coule à l'orient de l'Assyrie. Le quatrième fleuve, c'est l'Euphrate. 15 L'Éternel Dieu prit l'homme, et le plaça dans le jardin d'Éden pour le cultiver et pour le garder. 16 L'Éternel Dieu donna cet ordre à l'homme: Tu pourras manger de tous les arbres du jardin; 17 mais tu ne mangeras pas de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras. 18 L'Éternel Dieu dit: Il n'est pas bon que l'homme soit seul; je lui ferai une aide semblable à lui. 19 L'Éternel Dieu forma de la terre tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les fit venir vers l'homme, pour voir comment il les appellerait, et afin que tout être vivant portât le nom que lui donnerait l'homme. 20 Et l'homme donna des noms à tout le bétail, aux oiseaux du ciel et à tous les animaux des champs; mais, pour l'homme, il ne trouva point d'aide semblable à lui. 21 Alors l'Éternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur l'homme, qui s'endormit; il prit une de ses côtes, et referma la chair à sa place. 22 L'Éternel Dieu forma une femme de la côte qu'il avait prise de l'homme, et il l'amena vers l'homme. 23 Et l'homme dit: Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair! on l'appellera femme, parce qu'elle a été prise de l'homme. 24 C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair. 25 L'homme et sa femme étaient tous deux nus, et ils n'en avaient point honte. »

Genèse 2:8-25

On peut résumer sans ambiguïté :

  1. Genèse 2:9  : l’arbre de la connaissance est mentionné parmi les arbres que Dieu fait pousser.
  2. Genèse 2:16-17 : l’interdiction porte sur manger de cet arbre.
  3. Genèse 2:22 : la femme est formée ensuite.

Donc, l’interdiction donnée à Adam ne peut pas viser “la femme-arbre”, puisque la femme n’existe pas encore au moment où l’ordre est promulgué.

Et la création elle-même confirme cet écart : la Bible place les arbres fruitiers au troisième jour, et l’homme/la femme au sixième.

« Puis Dieu dit: Que la terre produise de la verdure, de l'herbe portant de la semence, des arbres fruitiers donnant du fruit selon leur espèce et ayant en eux leur semence sur la terre. Et cela fut ainsi. La terre produisit de la verdure, de l'herbe portant de la semence selon son espèce, et des arbres donnant du fruit et ayant en eux leur semence selon leur espèce. Dieu vit que cela était bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le troisième jour »

Genèse 1:11-13

« Dieu créa l'homme à son image, il le créa à l'image de Dieu, il créa l'homme et la femme. [...] Dieu vit tout ce qu'il avait fait et voici, cela était très bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le sixième jour. »

Genèse 1:27 + v31


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Source : Bible Louis Segond 1910

2) Ève n’est pas l’arbre : elle le voit, le juge, puis en cueille le fruit

Le texte dit que la femme évalue l’arbre (“bon à manger”, “agréable à la vue”), puis prend de son fruit. Il s’agit d’un objet extérieur à elle.

Bible du Rabbinat Français « La femme jugea que l’arbre était bon comme nourriture, qu’il était attrayant à la vue et précieux pour l’intelligence; elle cueillit de son fruit et en mangea, puis en donna à son époux, et il mangea. »

Genèse 3:6 - Bible du Rabbinat Français

Si Ève était l’arbre, comment pourrait-elle le trouver “attrayant à la vue” comme une réalité située devant elle ? Le récit décrit une femme qui regarde un arbre, pas une femme qui “se regarde elle-même”.

De plus, la Bible précise ailleurs l’origine de ces arbres : ils poussent du sol.

« La femme vit que l'arbre était bon à manger et agréable à la vue, et qu'il était précieux pour ouvrir l'intelligence; elle prit de son fruit, et en mangea; elle en donna aussi à son mari, qui était auprès d'elle, et il en mangea. »

Genèse 3:6

« L'Éternel Dieu fit pousser du sol des arbres de toute espèce, agréables à voir et bons à manger, et l'arbre de la vie au milieu du jardin, et l'arbre de la connaissance du bien et du mal. »

Genèse 2:9

Le même vocabulaire (“agréables à voir”, “bons à manger”) relie Genèse 2:9 à Genèse 3:6 : l’arbre interdit est un arbre du jardin, pas une personne.

3) Dans toute la Bible, “arbres fruitiers” désigne des arbres réels, jamais des femmes

Branham exploite une analogie (“on est le fruit de sa mère”) pour transformer un récit concret en symbole sexuel. Mais bibliquement, l’expression “arbres fruitiers” renvoie toujours à des arbres plantés, cultivés, situés dans un lieu, produisant un fruit comestible.

« Puis Dieu dit: Que la terre produise de la verdure, de l'herbe portant de la semence, des arbres fruitiers donnant du fruit selon leur espèce et ayant en eux leur semence sur la terre. Et cela fut ainsi. »

Genèse 1:11

« Quand vous serez entrés dans le pays, et que vous y aurez planté toutes sortes d'arbres fruitiers, vous en regarderez les fruits comme incirconcis; pendant trois ans, ils seront pour vous incirconcis; on n'en mangera point. »

Lévitique 19:23

« Ils devinrent maîtres de villes fortifiées et de terres fertiles; ils possédèrent des maisons remplies de toutes sortes de biens, des citernes creusées, des vignes, des oliviers, et des arbres fruitiers en abondance; ils mangèrent, ils se rassasièrent, ils s'engraissèrent, et ils vécurent dans les délices par ta grande bonté. »

Néhémie 9:25

« Montagnes et toutes les collines, Arbres fruitiers et tous les cèdres, »

Psaumes 148:9

« Sur le torrent, sur ses bords de chaque côté, croîtront toutes sortes d'arbres fruitiers. Leur feuillage ne se flétrira point, et leurs fruits n'auront point de fin, ils mûriront tous les mois, parce que les eaux sortiront du sanctuaire. Leurs fruits serviront de nourriture, et leurs feuilles de remède. »

Ezéchiel 47:12

Ces passages parlent de plantation, de récolte, de nourriture, de feuillage : le champ lexical est agricole, pas anthropologique.

4) Ève, le serpent, et l’arbre sont présentés comme trois entités distinctes

Le texte fait dialoguer la femme avec le serpent à propos des arbres du jardin, et distingue explicitement :

la femme,

le serpent,

l’arbre “au milieu du jardin”.

« La femme (1) répondit au serpent (2): Nous mangeons du fruit des arbres du jardin. Mais quant au fruit de l'arbre (3) qui est au milieu du jardin, Dieu a dit: Vous n'en mangerez point et vous n'y toucherez point, de peur que vous ne mouriez. »

Genèse 3:2-3

Le texte ne dit pas : “Quant à la femme au milieu du jardin…” mais : “Quant au fruit de l’arbre…”. Les catégories sont nettes.

5) Conséquence absurde : l’arbre de vie deviendrait, lui aussi, une personne avec qui “coucher”

Si “manger” signifie “coucher” et si “l’arbre” signifie “une femme”, alors Genèse 3:22 oblige à conclure qu’on obtient la vie éternelle par une relation sexuelle avec “l’arbre de vie”.

« L'Éternel Dieu dit: Voici, l'homme est devenu comme l'un de nous, pour la connaissance du bien et du mal. Empêchons-le maintenant d'avancer sa main, de prendre de l'arbre de vie, d'en manger, et de vivre éternellement. »

Genèse 3:22

C’est précisément ce genre de dérive qui révèle que l’interprétation branhamiste ne vient pas du texte, mais s’y impose de l’extérieur.

Conclusion

Le récit biblique ne laisse aucune place à l’idée que “l’arbre interdit” serait une femme. La chronologie, le vocabulaire, la syntaxe et les parallèles bibliques convergent : il s’agit d’un arbre réel, planté dans un jardin réel, arrosé par un fleuve réel, au milieu d’autres arbres “bons à manger”.

Ce qui frappe, c’est qu’on en vient à devoir démontrer l’évidence : une femme n’est pas un arbre. Et si une doctrine oblige à nier le sens simple d’un texte clair, ce n’est pas l’Écriture qui est mystérieuse : c’est l’interprétation qui est forcée.